JM-Perette

Le couvent du Bischenberg au temps de DE CHAUMONT DE LA GALAIZIERE

Bonjour
AU 18e siècle, le couvent fut employé par les puissants pour y exiler, enfermer un curé vosgien qui avait la dent dure contre le gouverneur de Lorraine, parent d'un évêque du même nom qui avait du pouvoir sur le couvent...
Quelqu'un sait il le nm de ce prêtre, je l'ai oublié.. Ce brave patriote a t il laissé des traces ? des écrits ? des lettres ? merci

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Bonjour - j'ai trouvé la réponse :

Livre du Cardinal Mathieu - "L'ancien régime de Lorraine et du Barrois - d'après des documents inédits - 1638 1789"

"Page 129 : La plus célèbre de ces victimes arbitraires fut un pauvre prêtre vosgien, appelé Lhermite, au sort duquel toute la province s'intéressa dans les années qui précédèrent 1789.
Il avait du talent, de la foi et des moeurs, et après avoir enseigné la philosophie au collège Saint-Claude à Toul, il devint curé des Trois-Vallois dans le diocèse de Saint-Dié. Malheureusement ses bonnes qualités étaient gâtées par un caractère original et une humeur batailleuse, qui lui attirèrent des affaires avec ses paroissiens :
"1779. M. Lhermite, curé des Trois-Vallois, soutient en ce moment trois procès en appel à Nancy; il les défend quelquefois lui-même avec un enthousiasme qui prête à rire aux ennemis du sacerdoce. On appelle un de ces procès le procès de la truie, l'autre, celui de l'agneau, le troisième celui de la fille(1)."
L'évêque de Saint-Dié, Mgr de La Galaizière, fils de l'ancien intendant de Lorraine,était riche et généreux; mais il n'avait appris à l'école de son père, ni le respect du droit, ni la douceur des procédés. Il s'entremit d'abord entre M. Lhermite et ses paroissiens, et paya les frais d'un procès; puis, fatigué de voir le curé se refuser à tout moyen d'accomodement et en appeler sans cesse à la justice, il se débarrassa du plaideur par une lettre de cachet.

Première lettre de cachet

Le 8 septembre 1780, deux cavaliers de la Maréchaussée vinrent l'enlever publiquement, à la vue de ses ouailles, et l'emmenèrent au prieuré d'Hérival(2), où il resta deux ans et fut traité avec assez de douceur. Il eût obtenu la liberté s'il eut voulu la solliciter comme une grâce; mais il n'était pas homme à courber ainsi la tête, il avait conscience de son bon droit, et il écrit plusieurs fois à la cour pour le faire valoir et accuser son évêque.

Seconde lettre de cachet

La réponse fut une nouvelle llettre de cachet, du mois de mai 1783, qui transférait le prisonnier du prieuré d'Hérival au couvent de Bischenberg, dans le diocèse de Strasbourg :

"C'est l'évêque qui, pour empêcher le curé d'envoyer tant de lettres en cour contre lui, l'éloigne de la province pour le mettre sous la garde son frère, Intendant d'Alsace, et lui enlever le moyen de se défendre contre sa tyrannie. On a affecté de faire passer le pasteur au milieu de la ville épiscopale, en plein jour, pour augmenter le triomphe du prélat persécuteur(1)"
Il trouva moyen, parait-il, d'envoyer de nouvelles plaintes qui provoquèrent contre lui de nouvelles rigueurs.

Troisième lettre de cachet

Une troisième lettre de cachet l'ammena à la maison de force de Maréville, près de Nancy, où il ne devait rester que deux ans (comprendre "n'aurait du rester que deux ans - Jean-Marie PÉRETTE). ce temps écoulé, arriva un nouvel ordre qui prolongeait sa captivité pour deux années encore. "Les frères fouetteurs le lui signifient immédiatemment après son dîner qui devait être suivi de sa sortie, et le renferment de plus belle."
On comprend que de telles épreuves aigrirent encore un caractère déjà difficile.
Le prisonnier protesta, jeta les hauts cris, malmena ses geôliers qui le firent passer pour fou furieux, lui retirèrent le droit de dire la messe, et le laissèrent sans feu pendant tout un hiver.
Ce fut seulement le 28 février 1789 que l'infortuné Lhermite fut rendu à la liberté. Il en profita immédiatement pour dénoncer aux États Généraux et à l'opinion publique l'arbitraire dont il avait souffert, et il composa deux Mémoires auxquels M. de La Galaizière n'opposa aucune réfutation sérieuse.
J'ai trouvé, aux Archives Nationales, copie d'une correspondance échangée à ce sujet entre l'Évêque de Saint-Dié, le garde des Sceaux et l'abbé Grégoire qui, récemment arrivé de la province, fut naturellement consulté sur une affaire qui avait fait grand bruit.
Rien n'est plus piteux que les excuses du prélat :
"Je ne dois compte de ma conduite qu'à Dieu et au Roi. Le curé des trois-Vallois est malheureux, je le plains, il est mon frère, je le chéris. Sa punition a d'abord été aussi douce qu'elle pouvait l'être, les rigueurs subséquentes vinrent de son fait."
Il n'articule pas un mot contre la foi ni contre les moeurs de sa victime, et emploie les euphémismes les plus anbarrassés :
"J'ai vouu éloigner M. Lhermite... J'ai cru qu'il fallait écarter M. Lhermite... Du reste il y a un édit du Roi de 1693 qui permet à un évêque d'envoyer un prêtre au séminaire pour quelque temps..."
A quoi Grégoire réplique sans peine :
"M. l'Évêque parle de l'édit de 1693 : c'est justifier un acte de despotisme par un autre acte de despotisme..
Il résulte du mémoire de M. le Curé et de de celui de M. l'Évêque, que ceui ci a abusé de son crédit et de son autorité, qu'il est infiniment coupable et qu'il doit à M. le Curé des Trois-Vallois réparation et indemnité siffisantes."




(1) Journal de M. Chatrian
(2) Un peu au sud de Remiremont, perdu dans la forêt (Jean-Marie Pérette - Voir Gogle Earth, mettre des leins vers les villages les couvets)

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